|
|
|
La veille en avant-première, une lecture musicale à la Maison pour l’égalité, par la compagnie théâtrale L’Envol, et la découverte d’écrivaines ou de livres sur des femmes à la bibliothèque de la Ponatière, avec le groupe de lecture des bibliothèques, avaient donné le ton, entre la gravité de paroles de femmes qui vivent en errance dans la rue et l’imaginaire littéraire, la création et l’édition féminines. Ces avant-propos ont permis à Sylvette Rochas, 1re adjointe en charge de la cohésion sociale et de l’égalité femmes-hommes, de mettre l’accent sur une manifestation qui a pour but, entre autres, de “questionner la société et de s’interroger toutes et tous sur la place réservée aux unes et aux autres”. Cette volonté politique (cette vigilance) reste dans l’urgence d’une mobilisation pressante : “Si des progrès ont été réalisés, si des lois ont été adoptées dans notre pays, l’égalité ne se traduit toujours pas pleinement dans les faits”, a rappelé l’élue.
|
|
Le duo féminin de hip-hop coréen We one Ly.
|
|
|
|
L’aéroboxe facilite l’accès à une discipline au premier abord très masculine.
|
| |
Accompagnées par l’Apase, la Maison pour l’égalité femmes-hommes et le service jeunesse, les classes de 4e du collège Louis-Lumière ont travaillé sur les relations et représentations entre filles et garçons. Un groupe prépare depuis une bande dessinée sur ces questions.
|
|
|
|
Une robe à croquer, réalisation de Maud Bonnet, ou comment déconstruire avec humour les codes de la séduction et les stéréotypes de genre !
|
|
Regards croisés
Bien des chemins amènent à combattre le sexisme ou les stéréotypes à contre-courant des aspirations et des revendications des femmes. Les animations à la Butte ont révélé tout aussi bien les réflexions de collégiens (classes de 4e du collège Louis-Lumière) et de jeunes adultes sur les relations entre filles et garçons, que le travail subtil de l’artiste Gabrielle Boulanger sur la réappropriation par les habitants d’espaces publics dans la mixité et le partage culturel. La pratique de l’aéroboxe - sous la direction de Dalila Jebahi de l’ALE boxe - qui ouvre l’accès à une discipline au premier abord très masculine, les exhibitions du duo féminin We on Ly de hip-hop coréen ou des Crieuses et crieurs de rue, engagé(e)s dans la préparation du prochain Festirolles, la pièce de théâtre “Blanche Aurore Céleste”, d’après le texte de Noëlle Renaude et interprétée par Stéphanie Berthet, ont croisé les regards et enrichi les débats. Ainsi le 8 mars est d’abord un temps d’échanges où les questions et les actions se répondent, critiquent “l’usage qui délimite de véritables territoires, plus ou moins perméables d’ailleurs aux autres”. Sophie Louargant, la géographe et maître de conférences au laboratoire Pacte à Grenoble invitée pour animer la table ronde, a partagé ses recherches et analyses sur la question.
|
|
|
|
Les crieuses et crieurs de rue, engagé(e)s dans la préparation de Festirolles.
|
| |
Les élus, dont le maire Renzo Sulli et Sylvette Rochas, 1re adjointe en charge de la cohésion sociale et de l’égalité femmes-hommes, autour de “la robe à croquer”.
|
|
|
|
Elle a souligné la nécessaire “mobilité entre les hommes et les femmes face aux pesanteurs de genre dans l’espace privé et public, aux itinéraires urbains sexués”. Sophie Louargant a bien prévenu : “L’accès à l’espace public ne résout pas automatiquement la place des femmes, ni la visibilité d’une ouverture à tous. Le changement des codes est difficile.” Elle a insisté sur “le rôle de l’action et des politiques publiques comme leviers de la reconnaissance et de l’égalité, de façon à ne pas produire de nouveaux stéréotypes de genre, à ne pas se contenter de déplacer la norme dans un quotidien omnipotent. Un stéréotype, c’est contagieux. Remettre en cause le pouvoir pour le partager, c’est subversif !”. Le thème retenu par le groupe qui a préparé cette journée, “l’égalité est dans la rue”, prenait au fil des interventions et des débats tout son sens. C’est aussi, comme l’ont indiqué les organisateurs, “le point de départ d’un processus qui va se poursuivre cette année, notamment autour d’un diagnostic genré des espaces et lieux publics à la Ville Neuve d’Echirolles”.
J.-F.L.
|
|
Le buffet préparé par des jeunes et l’Apase.
|
|
|
|
Matthieu Pinchart Baptiste Terrier
Ils ont présenté une réalisation vidéo de 3,5 minutes lors de la Journée internationale de la femme, le 8 mars dernier, dans le cadre du concours Buzzons contre le sexisme. Elle met en scène une femme qui rejoint épuisée son domicile et se remémore des situations qui l’ont affectée. Baptiste et Matthieu, 17 ans, en première ES et membres du Conseil de vie lycéenne au lycée Marie-Curie, annoncent la couleur : “Soyons francs, les questions de genre ou la lutte contre le sexisme ne nous emballaient pas particulièrement, ce ne sont pas des objets de lutte dans notre quotidien.
|
|
|
|
En participant au concours, nous avons avant tout saisi une opportunité pour écrire un script et tourner un petite fiction légère, sans tomber dans le pathétique de certaines campagnes de prévention où on a l’impression que tout est mort !” Ils ont été soutenus par le Bureau information jeunesse et la Maison pour l’égalité. Baptiste et Matthieu ont bien conscience de la reproduction des stéréotypes ou de la persistance des inégalités de salaires au travail par exemple, mais leur intérêt pour l’image, l’audiovisuel et le cinéma, l’emportait au préalable. Aujourd’hui, leur point de vue a un peu changé : “Nous sommes plus sensibles à l’impact d’une éducation silencieuse spécifique aux garçons et aux filles sur les comportements individuels et la société, à l’ampleur du sexisme.” Du coup, ils souhaitent reprendre leur film, affiner leur propos, comme leur expérience d’un tournage et de la direction dramatique, pour présenter une nouvelle version dans d’autres concours. Et questionner davantage l’ordre social avec leur regard de jeunes adultes.
|
|
Gabrielle Boulanger
Défricheuse d’espaces publics
Elle fait voyager les mots. C’est du moins ce qu’elle a exprimé aux participants à la Journée de la femme en expliquant sa démarche “de réappropriation de l’espace public”. Gabrielle Boulanger, directrice artistique au Laboratoire archAologie “d’expérimentations dans l’ordre (et le désordre) des choses”, se dit aussi “inventeur en dispositifs de fouilles, découvreur de réalités potentielles”. Son blog est “une jachère publique”. Les formules n’ont rien d’abscons pour peu qu’on veuille bien en apprécier le sens profond. En fait, elle libère les espaces. Elle est allée dans les quartiers du nord-ouest d’Echirolles pour proposer aux habitants de la Ville Neuve, la Viscose, Navis, la Luire, de réaliser “des cartes postales ultra-locales”, avec une photographie au recto,
|
|
|
|
un texte au verso. “On a réfléchi à des images, à des paroles individuelles qui interrogent, qui s’adressent à tous.” Des cartes qui relient subtilement le quotidien, le regard sur son quartier, la place des femmes dans l’espace public ou parfois la difficile cohabitation entre les sexes, la mixité culturelle, le rêve et l’imaginaire urbain. Surtout qui invitent à l’échange. “La carte postale est un objet banal, voire qui peut paraître désuet, plutôt drôle et décalé alors qu’on croule sous les nouvelles technologies de la communication, assez simple à partager pour une rencontre, un premier geste de fabrication d’un espace commun, qui suggère le sens de son existence, de sa présence”, résume Gabrielle Boulanger. Elle a témoigné de son accueil dans les quartiers : “C’est différent selon les filles ou les garçons. Une fille seule est toujours un peu louche pour eux. Mais j’explique. Certains adultes plutôt ont refusé de partager.” Elle a lu ensuite les cartes postales de porte en porte, et projette de les mettre en vente à petit prix dans les tabacs presse. Autre projet : investir un espace public régulièrement à la Luire et plus ponctuellement à la Ville Neuve, selon une idée d’aménagement des habitants, qui peut prendre la forme d’un jardin, d’une aire de jeu, d’une petite structure à construire... |
|